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Arrimage en transport routier : règles et erreurs à éviter

21 juil. 2025
6 min de lecture

Dernière mise à jour : 48false00 GMT+0000 (Coordinated Universal Time)

Un freinage d'urgence, et une palette mal bloquée part vers la cabine avec une force proche de son propre poids. Sur la route, l'arrimage ne se juge pas à l'œil : il se calcule, et il engage la responsabilité de celui qui charge. Ce guide fait le point sur l'arrimage en transport routier : les forces à retenir, ce que disent le Code de la route et le contrat type, la norme NF EN 12195-1 et les erreurs que je rencontre le plus souvent.


1. Arrimage routier : de quoi parle-t-on ?

L'arrimage regroupe tout ce qui empêche la cargaison de glisser, de basculer ou de rouler pendant le transport. Le Code CTU distingue trois principes, utilisables seuls ou combinés (annexe 7, 4.1.3) :

  • l'assujettissement direct : la cargaison est bloquée ou saisie, et les forces passent directement à la structure du véhicule (calage, saisines, accores, verrous) ;

  • l'assujettissement par frottement : des sangles par-dessus augmentent, par leur tension, le poids apparent de la charge et donc son frottement sur le plateau ;

  • le compactage (fardelage, film, cerclage) : une mesure secondaire, toujours associée à l'une des deux premières.

Sur un véhicule dont les ridelles ou les bâches résistent peu, le Code CTU préconise l'arrimage par frottement au moyen de sangles par-dessus, à condition que le facteur de frottement soit suffisant et que les sangles gardent leur tension tout au long du trajet (annexe 7, 4.2.7).

2. Les forces à retenir

Le dispositif d'arrimage doit résister aux forces suivantes, exprimées en fraction du poids de la cargaison (directive 2014/47/UE, annexe III, section I, point 1) :

  • vers l'avant : 0,8 fois le poids de la cargaison ;

  • sur les côtés : 0,5 fois ;

  • vers l'arrière : 0,5 fois.

Ce sont les mêmes coefficients que ceux du Code CTU pour le transport routier (chapitre 5, 5.3). Concrètement, en arrondissant g à 10 m/s² (1 kg ≈ 1 daN), une palette de 1 000 kg pousse vers l'avant avec une force d'environ 800 daN lors d'un freinage d'urgence.

💡 Le conseil de l'expert : bloquez le chargement contre le tablier avant chaque fois que c'est possible. C'est dans cette direction que s'exercent les efforts les plus importants, et un blocage contre une paroi résistante reprend l'effort sans dépendre de la tension des sangles.

3. Ce que dit la réglementation

Le Code de la route

« Toutes précautions utiles doivent être prises pour que le chargement d'un véhicule ne puisse être une cause de dommage ou de danger. » — Code de la route, article R312-19, I

Le même article impose d'amarrer solidement tout chargement qui déborde ou peut déborder du contour du véhicule (II) et de fixer les chaînes, bâches et accessoires (III). Le conducteur qui contrevient au II ou au III encourt l'amende des contraventions de la troisième classe (IV), et le véhicule peut être immobilisé (V).


Le contrôle routier et les normes de référence

La directive 2014/47/UE relative au contrôle technique routier des véhicules utilitaires prévoit qu'un véhicule peut faire l'objet, lors d'un contrôle sur route, d'une inspection de l'arrimage de son chargement (article 13). Son annexe III cite les normes de référence, dont :

  • EN 12195-1 : calcul des forces d'arrimage ;

  • EN 12195-2 : sangles en fibres synthétiques ;

  • EN 12195-3 : chaînes d'arrimage ;

  • EN 12640 : points d'arrimage ;

  • EN 12642 : résistance de la carrosserie du véhicule.


NF EN 12195-1 : ce qu'un calcul demande

La norme NF EN 12195-1 fournit la méthode de calcul ; elle ne remplace pas les données propres à chaque chargement. Pour vérifier un arrimage, il faut au minimum connaître :

  • la masse, les dimensions et le centre de gravité de chaque colis ;

  • le facteur de frottement entre la charge et le plateau, justifié par les matériaux en contact (fiche d'un tapis antiglissant certifié, essai, valeurs de la norme) ;

  • pour chaque sangle ou chaîne : sa capacité d'arrimage (LC), sa tension normalisée (STF), son nombre et ses angles réels, mesurés sur le véhicule ;

  • la résistance des parois et du tablier (EN 12642) et celle des points d'arrimage (EN 12640).

⚠️ Le piège : la valeur de frottement choisie « au jugé ». C'est l'un des paramètres qui pèsent le plus sur le nombre de sangles. Une valeur optimiste donne un plan d'arrimage rassurant sur le papier et faux sur la route.


4. Qui est responsable : le contrat type général

Le contrat type général s'applique aux transports publics routiers de marchandises pour lesquels il n'existe pas de contrat type spécifique (Code des transports, partie réglementaire, annexe II, modifiée par le décret n° 2021-985 du 26 juillet 2021). Trois articles répartissent les responsabilités.

Article 5, le matériel : le transporteur utilise « un matériel adapté aux marchandises à transporter ainsi qu'aux accès et installations de chargement et de déchargement préalablement définis par le donneur d'ordre ». Le donneur d'ordre répond des dommages causés au véhicule par la marchandise, son emballage ou son chargement ; la preuve de sa faute incombe au transporteur.

Article 6, le conditionnement : la marchandise doit être conditionnée, emballée et marquée « de façon à supporter un transport exécuté dans des conditions normales et des manutentions successives ». Le donneur d'ordre répond de toutes les conséquences d'un conditionnement absent, insuffisant ou défectueux.

Article 7, chargement, calage et arrimage : la responsabilité dépend du poids de l'envoi.

  • Envois de moins de 3 tonnes (7.1) : le transporteur exécute sous sa responsabilité le chargement, le calage, l'arrimage et le déchargement. Le personnel de l'expéditeur ou du destinataire qui y participe est réputé agir pour son compte.

  • Envois de 3 tonnes et plus (7.2) : l'expéditeur exécute sous sa responsabilité le chargement, le calage et l'arrimage ; le destinataire, le déchargement. Le transporteur donne les indications utiles à une répartition équilibrée, vérifie que l'arrimage ne compromet pas la sécurité de la circulation et, dans le cas contraire, demande qu'il soit refait ou refuse la prise en charge.

« Le transporteur est exonéré de la responsabilité résultant de la perte ou de l'avarie de la marchandise pendant le transport s'il établit que le dommage provient d'une défectuosité non apparente du chargement, du calage et de l'arrimage ou d'une défectuosité apparente pour laquelle il avait émis des réserves visées par le chargeur. » — Contrat type général, article 7.2.1

Dans tous les cas, le transporteur fournit, à la demande du donneur d'ordre, des sangles en nombre suffisant, en bon état et conformes aux normes (article 7).


5. Les erreurs que je rencontre le plus souvent

  • Un plateau sale ou humide : le frottement chute, et avec lui l'efficacité des sangles par-dessus. La surface de chargement doit être propre avant de charger.

  • Rien contre le tablier avant : la direction la plus sollicitée est laissée à la seule tenue des sangles.

  • Des vides non comblés : sans calage ni coussins, la cargaison prend de l'élan avant d'être retenue.

  • Une mauvaise répartition des masses : charge concentrée sur un essieu, centre de gravité excentré. Les charges par essieu se vérifient avant le départ.

  • Des sangles ou chaînes usées : coupures, déformations, corrosion ou étiquette illisible. Une sangle sans étiquette ne permet aucun calcul.

  • L'arrière du chargement non retenu : à l'ouverture des portes, la marchandise tombe sur la personne qui ouvre. C'est une source fréquente d'accidents au déchargement.


Check-list avant le départ

  • Tension de chaque sangle vérifiée.

  • Cargaison stable, aucun vide non comblé.

  • Portes et ridelles fermées et verrouillées.

  • Pour le transporteur, au-delà de 3 tonnes : arrimage à refaire ou prise en charge refusée s'il compromet la sécurité ; réserves précises et motivées sur le document de transport en cas de défectuosité apparente (7.2.1).


À retenir

  • Sur la route, l'arrimage doit résister à 0,8 fois le poids de la charge vers l'avant et 0,5 fois sur les côtés et vers l'arrière.

  • Le Code de la route impose de prendre toutes précautions utiles pour que le chargement ne soit ni une cause de dommage, ni une cause de danger (R312-19).

  • Au-delà de 3 tonnes, l'expéditeur charge, cale et arrime sous sa responsabilité ; le transporteur vérifie et peut refuser (contrat type général, 7.2).

  • Un calcul selon NF EN 12195-1 n'est fiable qu'avec des données réelles : frottement justifié, LC et STF des sangles, angles mesurés.

Pour l'arrimage en conteneur, voir notre guide empotage des conteneurs selon le Code CTU et nos conseils sur les équipements d'arrimage en conteneur. Nous formons aussi les équipes à l'arrimage, comme dans le cas de ce logisticien multimodal : pour un programme adapté à vos chargements, contactez-nous.

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