top of page

Empotage des conteneurs : la méthode du Code CTU

4 août 2025
6 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 5 jours

Beaucoup d'empoteurs ignorent encore que le Code CTU s'impose à eux, certains jusqu'à son existence. On s'en préoccupe souvent après un sinistre : cargaison effondrée aux portes, plancher enfoncé, conteneur refusé au terminal. Ce guide reprend la méthode d'empotage des conteneurs selon le Code CTU, dans l'ordre où l'empoteur doit se poser les questions, avec un renvoi vers nos articles détaillés à chaque étape.

1. Le Code CTU est obligatoire pour l'empotage des conteneurs

Le Code CTU est le « Code de bonnes pratiques OMI/OIT/CEE-ONU pour le chargement des cargaisons dans des engins de transport », dans sa version de janvier 2014. Il est rédigé au conditionnel (« devrait »), mais la France l'a rendu obligatoire pour les conteneurs, par le règlement annexé à l'arrêté du 23 novembre 1987 relatif à la sécurité des navires :

« Le chargement des cargaisons dans les conteneurs doit être effectué conformément au Code de bonnes pratiques OMI/OIT/CEE-ONU pour le chargement des cargaisons dans des engins de transport (Code CTU) […] » — Règlement annexé à l'arrêté du 23 novembre 1987, division 431, article 431-7 (modifié par l'arrêté du 20 décembre 2016, en vigueur depuis le 7 janvier 2017)

Le Code CTU ne remplace pas les autres règles (1.1.3) : pour des marchandises dangereuses, le Code IMDG s'applique en parallèle.

2. Qui fait quoi : la chaîne de responsabilités

Le chapitre 4 du Code CTU répartit les tâches entre les acteurs. Un industriel qui charge dans ses propres locaux est à la fois expéditeur et empoteur (chapitre 2).

  • Expéditeur : décrire correctement les marchandises et leur masse, signaler un centre de gravité excentré, fournir des colis capables de résister au transport (4.2.2).

  • Empoteur : vérifier l'engin avant le chargement, ne pas surcharger le plancher, répartir et assujettir la cargaison, placarder, déterminer la masse brute, fournir le certificat d'empotage (4.2.3).

  • Chargeur : choisir un engin approprié, transmettre au transporteur une description exacte de la cargaison et la masse brute vérifiée (4.2.4).

Le transporteur et le destinataire ont aussi leurs obligations (4.2.5 à 4.2.9).

C'est au chargeur de remettre une cargaison sûre, mais il peut se retourner contre l'empoteur et l'expéditeur en cas de mauvais chargement (4.1.2).

3. Avant de charger : vérifier l'engin et planifier

Vérifier le conteneur

L'empoteur doit s'assurer que l'engin « est vérifié avant d'être chargé et qu'il est dans un état approprié pour la cargaison à transporter » (4.2.3). La méthode, de la plaque CSC à l'état du plancher, est détaillée dans notre guide de l'inspection des conteneurs avant l'empotage.

Planifier le chargement

Le chargement devrait être planifié à l'avance : cargaisons incompatibles séparées, charge utile respectée, charges concentrées et centre de gravité maîtrisés (9.1.1). Deux limites du conteneur sont à connaître :

  • les parois latérales d'un conteneur d'usage général résistent à une charge uniforme égale à 60 % de la charge utile admissible, la paroi avant et la porte à 40 % (6.2.4) ;

  • le plancher n'est tenu de supporter qu'une charge par essieu de 5 460 kg, soit 2 730 kg par roue (6.2.6). Le chariot compte dans cette charge : voir notre article sur la résistance des planchers de conteneurs.

4. Charger et assujettir la cargaison

Les règles de base du chargement

Le chapitre 3 résume l'essentiel (3.3 et 3.5) :

  • répartir la cargaison lourde sur le plancher, sans charge concentrée ni lourd sur léger ;

  • utiliser des cales ou des saisines pour empêcher la cargaison de glisser et de basculer dans quelque direction que ce soit ;

  • ne pas fixer les saisines en fibres synthétiques à l'aide de nœuds.

Les trois principes d'assujettissement

L'annexe 7 distingue trois principes, utilisables seuls ou combinés (annexe 7, 4.1.3) :

  • l'assujettissement direct : les forces passent directement de la cargaison à l'engin par des cales, saisines, accores ou verrous ;

  • l'assujettissement par frottement : des saisines par-dessus augmentent, par leur tension, le poids apparent de la cargaison et donc son frottement sur le plancher ;

  • le compactage (fardelage, sanglage, film) : une mesure secondaire, toujours associée à l'un des deux premiers.

En conteneur, je privilégie l'arrimage solidaire, qui s'appuie sur les parois :

« Méthode d'assujettissement de la cargaison qui est telle que la cargaison s'appuie complètement contre l'entourage d'un engin de transport. L'espace vide entre les engins de transport et entre la cargaison et l'entourage devrait être réduit au minimum. » — Code CTU, chapitre 2, définition de l'arrimage solidaire

La somme des espaces vides dans n'importe quel plan horizontal ne devrait pas dépasser 15 cm (annexe 7, 2.3.6). Pour la manière de les combler, voir nos conseils sur l'arrimage en conteneur et ses équipements.

Pourquoi le frottement ne suffit pas

Sur la route, la cargaison doit résister à 0,8 g vers l'avant et 0,5 g vers l'arrière et sur les côtés ; en mer, jusqu'à 0,4 g en longitudinal et 0,8 g en transversal dans la zone de houle la plus sévère (Code CTU, 5.3).

Exemple chiffré : une cargaison de 15 000 kg sur un plancher où le facteur de frottement est de 0,3 (palette en bois sur tôle d'acier inoxydable, annexe 7, appendice 2). En arrondissant g à 10 m/s², soit 1 kg ≈ 1 daN, la force d'assujettissement nécessaire vers l'avant sur la route est de 15 000 × (0,8 − 0,3 × 1) = 7 500 daN. Sur les 12 000 daN de la force d'inertie, le frottement n'en reprend que 4 500 : le reste doit venir du blocage contre la paroi ou de saisines.

« La masse de la cargaison à elle seule, même en combinaison avec un coefficient de frottement élevé […], n'est pas suffisante pour assurer le maintien de la cargaison car celle-ci peut bouger sous l'effet de vibrations. » — Code CTU, 5.4

💡 Le conseil de l'expert : en conteneur, calez d'abord contre les parois et comblez les vides ; les saisines par-dessus ne viennent qu'en complément. Les erreurs que je rencontre le plus souvent sont détaillées dans notre article sur les erreurs d'empotage les plus répandues, et la retenue de la cargaison en fond de conteneur dans la sécurisation des cargaisons aux portes.

5. Marchandises dangereuses : ce qui s'ajoute

Le Code CTU ajoute des règles propres aux marchandises dangereuses (3.4), à suivre en plus du Code IMDG :

  • vérifier le marquage et l'étiquetage de tous les colis ;

  • charger les marchandises dangereuses près de la porte dans la mesure du possible ;

  • ne charger ni marchandises incompatibles, ni colis endommagés ;

  • apposer les plaques-étiquettes et marques requises sur l'engin.

L'empoteur fournit aussi le certificat d'empotage (4.2.3) : voir notre article sur le certificat d'empotage et les responsabilités de l'empoteur, et notre guide placardage et marquage d'un conteneur.

6. Une fois les portes fermées

Il reste à déterminer la masse brute exacte, apposer un scellé si cela est exigé et reporter dans les documents le numéro de l'engin, sa masse brute et le numéro du scellé (3.6).

✅ Le réflexe : un rapport d'empotage photographié (conteneur vide, chaque rangée, arrimage final, portes, numéro et scellé) vous protège en cas de litige. Chez un industriel que nous avons accompagné, l'empotage sous-traité ne donnait lieu à aucun rapport ni aucune photo.

7. Former les préposés au chargement

« […] il est essentiel que toutes les personnes concernées soient conscientes des risques qui existent et comprennent parfaitement le Code. C'est pourquoi il faut prévoir et mettre en œuvre régulièrement des programmes de formation initiale et de perfectionnement professionnel à l'intention de toutes les personnes ayant à s'occuper du chargement des engins de transport. » — Code CTU, 13.1.1

Les employés devraient être formés avant d'assumer des responsabilités, et ne travailler sans formation que sous la surveillance directe d'une personne formée (13.3.1). Le Code ne fixe pas de fréquence de recyclage : nous recommandons un perfectionnement à chaque modification significative du Code, et au minimum tous les cinq ans. Le détail est dans notre article sur la formation selon le Code CTU.

À retenir

  • Le Code CTU est obligatoire pour le chargement des conteneurs en France depuis le 7 janvier 2017 (règlement annexé à l'arrêté du 23 novembre 1987, article 431-7).

  • L'empoteur vérifie l'engin, répartit et assujettit la cargaison, détermine la masse brute et fournit le certificat d'empotage (Code CTU, 4.2.3).

  • Le frottement seul ne retient pas une cargaison : calage contre les parois, vides comblés, saisines en complément.

  • Les marchandises dangereuses ajoutent leurs propres règles, en plus du Code IMDG.

  • Toute personne qui charge, planifie ou supervise doit être formée avant d'agir seule.

Nos formations à l'empotage selon le Code CTU, pour les opérateurs comme pour les référents, travaillent ces points sur des cas réels de conteneurs.

Commentaires


bottom of page