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Transport maritime du numéro ONU 1057 (Briquets) : Retour d’expérience sur une expertise critique à l’empotage


Briquets UN1057
Briquets UN1057

En tant qu’expert maritime, j’ai été amené à inspecter de nombreux conteneurs chargés de briquets (N° ONU 1057). Ces interventions s'inscrivent dans le cadre strict d'une expertise à l’empotage (CVC ou container vanning certificate), menée en conformité totale avec le Code CTU et le Code IMDG (International Maritime Dangerous Goods Code).


Pour sécuriser au maximum ces expéditions de marchandises dangereuses, cette inspection initiale est systématiquement complétée par un relevé de gaz effectué 72 heures après l’empotage. L’objectif ? Vérifier l’absence absolue de toute fuite de gaz résiduel ou structurel avant le départ du navire.


Le cas clinique : Quand la limite inférieure d'explosivité (LIE) est franchie


Rappelons un point réglementaire et physique fondamental : le n° ONU 1057 correspond à un gaz inflammable (Classe 2.1).

Lors d'une mission réalisée en plein été, le verdict du détecteur de gaz après 72 heures a été sans appel : la Limite Inférieure d’Explosivité (LIE) avait été franchie à l'intérieur du conteneur. Le risque d’explosion était majeur et imminent. Face à ce danger de catastrophe industrielle, l'ordre de dépotage immédiat de la cargaison a été requis pour sécuriser la zone et la marchandise.


Température ambiante dans les conteneurs fermés : l'étude de Hambourg

Les conditions climatiques extérieures affichaient une température estivale standard de 25°C. Pourtant, l'atmosphère interne du conteneur avait largement franchi un seuil critique.

Données Scientifiques : Selon les études thermiques menées par le Service Météorologique de Hambourg, la température intérieure d’un conteneur DRY fermé et exposé au soleil peut facilement dépasser les 50°C lorsque la température extérieure n’est que de 25°C.

Analyse de défaillance


L’analyse approfondie de la cargaison et l’examen minutieux des Fiches de Données de Sécurité (FDS) du fabricant ont mis en lumière une vulnérabilité technique critique :


  • La défaillance du joint torique : Les spécifications techniques indiquaient clairement qu’à partir de 50°C, le joint torique des briquets perdait ses propriétés mécaniques et ne pouvait plus garantir l’étanchéité du réservoir.

  • La position du fournisseur : Le fournisseur stipulait dans sa documentation qu’au-delà de ce seuil de 50°C, l’apparition de micro-fuites de gaz était considérée comme un phénomène "normal" et prévisible.

Cette tolérance technique du produit entre en contradiction directe avec les exigences de sécurité du transport maritime de matières dangereuses.


L’analyse réglementaire : Le point aveugle du Code IMDG

Si nous analysons la colonne 16a de la liste des marchandises dangereuses du Code IMDG pour le numéro ONU 1057, nous constatons les dispositions suivantes :

Code ONU

Classe

Catégorie d'Arrimage (Colonne 16a)

Restriction Porte-Conteneurs

UN 1057

2.1 (Gaz inflammable)

Catégorie B (En pontée ou sous pont pour un navire de charge)

Aucune restriction spécifique concernant les radiations solaires directes.

Le paradoxe du code IMDG

Pour un navire porte-conteneurs, la réglementation actuelle n’impose pas de charger le conteneur sous pont (calle) ou dans un emplacement protégé des radiations solaires. Un conteneur de briquets peut donc légalement se retrouver sur le pont supérieur, exposé au soleil direct pendant des semaines, atteignant des températures internes bien supérieures à 50°C.


Le Mot de l'Expert : Recommandations pour Sécuriser vos Flux

⚠️ Point de vigilance absolu : Ne vous fiez pas uniquement à la température ambiante de votre zone de stockage ou de votre port de départ et vérifiez la température de stockage des briquets. Dans un conteneur fermé, la température interne s'envole littéralement.

Pour éviter ce risque d'explosion majeur et garantir la sécurité des équipages et des navires, deux alternatives techniques logistiques doivent être envisagées en fonction de la sensibilité des briquets :


  • Le Conteneur DRY avec peinture réfléchissante : Permet de limiter l'absorption thermique due aux rayonnements solaires (diminution de l'indice de transfert thermique).

  • Le Conteneur Frigorifique (Reefer) : Permet de maintenir une température contrôlée (par exemple à 20°C) tout au long du voyage.

  • Attention majeure sur les Reefers : Les unités de réfrigération standard ne sont pas systématiquement certifiées ATEX (Anti-déflagrantes). Le redémarrage automatique des compresseurs ou des ventilateurs de l'unité frigorifique peut produire des étincelles. Si une fuite de gaz a déjà eu lieu à l'intérieur, le démarrage du groupe peut déclencher l'explosion. Il convient donc de s'assurer de la conformité du matériel ou de purger l'atmosphère avant toute mise en route en cas de suspicion de fuite.

 
 
 

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