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La Séparation des Marchandises Dangereuses dans le code IMDG

C'est sans doute la partie du Code IMDG la plus complexe à maîtriser. En transport maritime, les principes de séparation des marchandises dangereuses sont d'une sévérité absolue, bien plus stricts qu'en transport routier (ADR).


Voici un article pour mieux comprendre, maîtriser et appliquer les règles de séparation du Code IMDG, indispensable pour sécuriser vos expéditions.


Pourquoi la séparation IMDG est-elle unique par rapport à l'ADR ?


En transport routier (ADR), la notion de groupes de séparation n'existe pas de manière systématisée pour le chargement en commun standard. Par exemple, l'ADR n'interdit pas formellement de charger ensemble une base et un acide de la même classe (Classe 8), tant que les emballages sont conformes.

Le Code IMDG, lui, l'interdit ou l'encadre très strictement. Il segmente les produits non seulement par classes de danger, mais aussi par groupe de séparation (familles chimiques).


4 acteurs clés de la chaîne logistique concernés :


  1. L'expéditeur : Il est le point de départ absolu de la conformité. C’est à lui qu'incombe l’obligation réglementaire de fournir un document de transport de marchandises dangereuses précis (appelé aussi DGD dans le jargon, cependant ce terme n'existe pas dans le code IMDG). Il doit mentionner la classe, les dangers subsidiaires, le point d'éclair exact, mais aussi identifier et déclarer les groupes de séparation (SGG), notamment pour les rubriques génériques (N.S.A. / N.O.S.). Si ses données de base sont fausses, il sera impossible de respecter les règles de séparation.

  2. L'empoteur : Il doit valider et signer le certificat d'empotage du conteneur. Son rôle est de s'assurer qu'aucune marchandise incompatible n'a été chargée dans la même CTU (Cargo Transport Unit).

  3. Le commissionnaire de transport : Il organise le transport international et valide la faisabilité technique du flux en amont pour éviter les refus au port.

  4. L'armateur : Il réalise le plan de chargement à bord du navire. Il veille au respect des distances de sécurité entre les conteneurs pour protéger le navire et la vie des marins.

Pourquoi sépare-t-on les marchandises dangereuses ?

La réglementation internationale vise à prévenir deux scénarios catastrophes en mer.


1. Éviter l'interaction et l'intensification des dangers


Si un colis subit une avarie, il ne doit pas propager ou amplifier le danger à son voisin. Le cas d'école le plus connu est l'association d'un combustible (Classe 3) et d'un comburant (Classe 5.1).

En présence d'une simple étincelle ou d'une source de chaleur, le triangle du feu est complet. Le comburant alimentant le feu en oxygène, l'incendie devient alors quasiment impossible à éteindre, même sous l'eau ou en étouffant les cales.


2. Empêcher les réactions chimiques dangereuses

Le mélange accidentel de deux produits incompatibles peut générer :


  • Une combustion spontanée ou une chaleur considérable.

  • Des gaz inflammables, toxiques ou asphyxiants.

  • Des matières hautement corrosives ou instables.


Spécificité Maritime : Le Code IMDG impose la séparation des familles chimiques (les groupes de séparation SGG), empêchant par exemple la cohabitation de certains acides et bases, même s'ils appartiennent tous deux à la Classe 8.

3. Protéger les emballages voisins des dommages collatéraux


Un colis de Classe 8 (corrosif) qui fuit en raison des mouvements du navire (tangage/roulis) ne doit pas attaquer l'emballage d'un colis de Classe 7 (matières radioactives). Si l'enveloppe de protection de la Classe 7 est détruite, la fuite radioactive devient inévitable.






Comment lire le tableau de séparation du Code IMDG (Chapitre 7.2.4) ?

Le Code IMDG utilise une table de décision croisée (le tableau de ségrégation du paragraphe 7.2.4) qui attribue un code de séparation entre deux classes de danger.



Code

Signification officielle

Impact pour le conteneur (CTU) et le navire

X

Aucune restriction

Chargement autorisé dans le même conteneur (sauf disposition spécifique).

1

« Loin de »

Interdit dans le même conteneur (sauf dérogation). Pas d'incidence majeure à bord pour des conteneurs fermés distincts.

2

« Séparé de »

Interdit dans le même conteneur. À bord, nécessite un espace minimum (généralement l'équivalent d'un conteneur de 20 pieds à l'avant, à l'arrière ou sur les côtés).

3

« Séparé par un compartiment ou une cale complète de »

Interdit dans le même conteneur. Séparation physique lourde requise à bord du navire.

4

« Séparé longitudinalement par un compartiment ou une cale intermédiaire complète de »

Le niveau le plus restrictif. Concerne principalement les explosifs (Classe 1)qui, en tant que "disperseurs de dangers", nécessitent des distances maximales pour éviter qu'un souffle ne détruise les autres cargaisons.

Niveau de séparation 4 (conteneur fermé)
Niveau de séparation 4 (conteneur fermé)

Le piège de la "Croix Bleue" ou du "X"

Ce n'est pas parce que le tableau général indique une case "X" (chargement théoriquement autorisé) que les marchandises peuvent être empotées ensemble les yeux fermés. Vous devez impérativement vérifier les groupes de séparation et les dispositions particulières de la colonne 16b de la liste des Marchandises Dangereuses au 3.2.


Les subtilités avancées : Colonne 16b et codes SG / SGG


Contrairement à une idée reçue, la colonne 16b du Code IMDG ne sert pas uniquement pour les produits ayant 3 classes de danger. Elle s'applique à toutes les marchandises ayant des exigences spécifiques d'arrimage et de séparation (codes du groupe de séparation des matières et de séparation des matières).

C'est ici que l'on trouve des règles de séparation concernant des marchandises non réglementées ou des cas très particuliers :


  • SG20 (Séparé des denrées alimentaires) : Interdiction stricte d'empoter des matières infectieuses (Classe 6.2) ou des gaz toxiques (Classe 2.3) avec de la nourriture.

  • SG57 (Arrimer séparé des cargaisons absorbant les odeurs) : Concerne des produits comme le Mercaptan(l'additif ultra-odorant utilisé pour détecter les fuites de gaz de ville). Si l'odeur migre, elle peut ruiner toute une cargaison voisine.

Anecdote d'expert : Lors d'une expertise au port de Rouen, un navire vraquier s'est vu refuser trois fois le chargement de blé car une odeur persistante de poisson (due à la cargaison précédente) imprégnait la cale. La solution ? L'équipage a dû faire brûler d'importantes quantités de café pour neutraliser définitivement l'odeur et pouvoir enfin charger !
  • SG48 (Arrimer séparé des matières combustibles - liquides) : Attention aux différences internationales ! En Code IMDG, un liquide inflammable est réglementé si son Point d'Éclair (PE) est inférieur ou égal à 60°C. Cependant, la réglementation américaine (CFR 49) va plus loin et réglemente les liquides combustibles jusqu'à 93°C (200°F). Une nuance critique pour vos flux transatlantiques.


Comment obtenir une dérogation de séparation ?


Le Code IMDG prévoit la possibilité d'obtenir des dérogations pour charger des marchandises de niveau de séparation "1" (Loin de) dans la même CTU, mais le parcours est réglementé :


  1. Si la dérogation est explicitement prévue par le code : Il suffit d'obtenir l'accord de l'une des autorités compétentes des trois pays concernés (pays de chargement, pays de déchargement, ou pavillon du navire).

  2. Si la dérogation n'est pas prévue (Niveaux 2, 3 ou 4) : Il faut obtenir l'accord des trois pays concernés simultanément (ou un seul si le port de départ, d'arrivée et le pavillon dépendent du même État). Autant dire que dans la pratique logistique quotidienne, cela s'avère extrêmement difficile et chronophage.


Maîtrisez le Code IMDG et le Code CTU pour sécuriser vos expéditions


La gestion de la colonne 16b, l'application des règles du Code CTU pour le calage/arrimage et l'utilisation rigoureuse de la table de séparation ne s'improvisent pas. Une simple erreur sur un certificat d'empotage peut bloquer votre conteneur au port, générer des surprimes de surestaries majeures, ou pire, engager votre responsabilité juridique en cas d'accident en mer.

En tant qu'organisme de formation spécialisé, nous vous accompagnons pour monter en compétences et sécuriser vos opérations logistiques.

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